La Défense vue par Philippe Calandre
Photographies prises au sténopé
LA DEFENSE 'S SHOW :
La Révolution du Regard
Qui sont ces buildings, nerfs de la modernité, et qui siègent aujourd’hui comme les pièces maîtresses de notre système de production ? c’est grâce au
travail remarquable de Philippe Calandre que nous pouvons mieux les comprendre et les redécouvrir. Héritier par son esthétique des premières photographies en couleur du début du XXème siècle,
l’artiste a revisité l’architecture industrielle, futuriste et moderne en les captant par l’utilisation du sténopé. L’originalité de ses travaux réside dans la place qu’il consacre au caractère
iconique de ces constructions. Les bâtisses isolées ne sont plus des bureaux ni des lieux de fabrique mais des temples. Les ambiances presque irréelles qui émanent de ces gigantesques tours, dans
un agencement dynamique, font sensation dans un milieu où la photographie d’architecture reste excessivement formelle.
Calandre mêle les symboles de la modernité aux procédés archaÏques. Ce décalage entre le procédé du sténopé, une technique ancestrale, et la modernité des bâtiments est presque un acte dissident.
La photographie à développement instantané accompagne l’auteur depuis des années. Ce qui fait étrangement ressembler ses clichés aux photographies du XIXe et du début du XXe siècle. Mais les
sujets et les méthodes mises en oeuvre sont assurément modernes. Ces images sont autant de portraits d’êtres oubliés, omniprésents mais que l’on ne voit plus. C’est un voyage halluciné à travers
les nerfs de l’économie. Calandre nous emmène dans un jardin de pierre, de béton, d’acier et de néons ; une véritable descente dans un monde venu d’ailleurs qui grave à jamais ces bâtiments
silencieux.
C’est de ce remodelage subjectif que jaillissent toute la force et la douceur de ces architectures, retravaillées à travers les yeux et le coeur de l’auteur, nous invitant d’un humble geste à se
rapprocher et à se pencher vers elles avec attention. Le souvenir amorcé par l’instinct, à travers la mémoire subjective, permet aux yeux de voir au-delà de la limite rationnelle de l’apparence
et de contempler, dans ces usines, une image accomplie et définitive de la réalité : une image visiblement vivante et vibrante comme l’éternité qui s’y reflète. Il dépasse ainsi les limites de la
logique linéaire pour transmettre dans leur complexité et leur vérité toutes les liaisons subtiles et les phénomènes visuels troubles de la perception.
Eric Fabien